Ymer

Ymer : conte-fleuve musical

de Clément Bertrand

avec Roland Bourbon et Fred Cazaux

dessins de Benjamin Flao


Teaser :


Introduction

Clément BERTRAND connait l’histoire du sauvetage de l’Ymer depuis sa plus tendre enfance, en bon enfant de l’île d’Yeu qu’il est, et ce drame l’a toujours passionné dans ce qu’il véhicule de valeurs de courage, d’entraide, de fraternité. Depuis deux ans, et en vue de la commémoration du centenaire de la tragédie, il a travaillé main dans la main avec la mairie de l’île d’Yeu, partenaire et producteur du spectacle avec la Région Pays de La Loire, afin de restituer dans une création originale avec ses mots, sa poésie, son univers « musique actuelle » cette partie de l’histoire de Yeu, et de son patrimoine, pour mieux la partager et la rendre contemporaine. De plus, et à la demande des élus de Yeu, il évoque dans le spectacle Ymer, un autre naufrage qui eut lieu à la même période, celui du Sequana, ou près de 200 tirailleurs sénégalais perdront la vie sur les côtes islaises. Cet épisode tombé dans l’oubli collectif méritait d’être rallumé dans nos mémoires. En quelque sorte, il se sert des héros (de l’Ymer) pour rappeler les oubliés.

Après avoir rencontré les gens de la Société Nationale des Sauveteurs en Mer (SNSM), des historiens, en collaboration avec le service culturel et patrimoine de la mairie de l’île d’Yeu, fouillé les documents d’archives, cette citation dénichée sur le net, de Noé Devaud, patron du canot de sauvetage et survivant de la tragédie, prononcée lors d’un entretien en 1917 face à un journaliste parisien, a achevé de le convaincre de la nécessité de ce spectacle :

« Je suis resté à ma barre trente et une heures sans m’assoir, cinquante et une heures sans manger. Mon beau-frère Pillet, dont vous avez vu la femme à genoux sur la tombe avec un petit enfant qui est né huit jours après la mort du père, s’est trouvé près de moi au dernier moment. II m’a dit :  » Je n’en peux plus. Adieu vat !  » Il est mort avec des glaçons qui l’enveloppaient. C’est le destin du marin. Le fait est que, quand nous sommes sortis, nous ne savions pas que c’étaient des Norvégiens qui étaient en péril, nous savions seulement que c’étaient des marins en détresse. Si c’avait été des Allemands qu’on aurait trouvés dans l’embarcation, on les aurait secourus tout de même ! Ça se doit ! »

Le contexte

Entretien avec Jean-François Henry.

Avec la guerre qui s’enlise, la circulation maritime devient de plus en plus intense. L’Île d’Yeu se trouve au coeur d’un passage maritime stratégique : on voit passer d’énormes vapeurs britanniques qui relient Bordeaux, La Rochelle, Saint-Nazaire et Nantes. Pour contrecarrer un tel trafic, l’Allemagne se lance dans la construction accélérée de sous-marins particulièrement efficaces pour effectuer une guerre sans restriction. Bon nombre de ces sous-marins vont croiser au large de l’île d’Yeu. Ils vont perturber le trafic en lâchant des mines ou en torpillant les navires qui transportent hommes et matériels. Pour la seule année 1917, une trentaine de bateaux sont coulés aux abords de l’île. Par les sous-marins, mais aussi par les mines qui frappent aveuglément les bâtiments qu’ils soient de guerre, de commerce ou de pêche. Les bateaux de pêche hésitent à sortir : en janvier 1917, trois chalutiers ont été coulés. Deux catastrophes vont marquer un peu plus les esprits dans l’île : le sauvetage des rescapés de l’Ymer et le naufrage du Sequana.

L’histoire

Le sauvetage de l’Ymer

En janvier 1917, plusieurs marins de l’île trouvent la mort dans des conditions effroyables, en allant secourir l’équipage de l’Ymer, un bateau norvégien qui avait été coulé par un sous-marin allemand au large de Rochefort. Au total, la tragédie fait onze morts, dont six sauveteurs. Sept marins sont sauvés. On s’en doute, l’île est sous le choc. Les cercueils ne seront ramenés à L’Île-d’Yeu qu’en mars 1917. Les obsèques solennelles sont célébrées le 3 mai. La Norvège rendra à son tour un hommage aux marins disparus. L’ambassadeur est reçu sur l’île en juin 1917. Et un monument signé Stephan Sinding sera érigé à Port-Joinville. Le haut-relief, baptisé « L’offrande », représente la France portant dans ses bras un enfant mort.

Le naufrage du Sequana

C’est la deuxième tragédie qui secoua l’île. Le Sequana est un paquebot français. Il quitte Dakar le 28 mai 1917 pour la France. À bord, 566 passagers dont 400 tirailleurs en partance pour le Front. Dans la nuit du 8 au 9 juin, il est torpillé par un sous-marin allemand au large de l’île d’Yeu. Malgré les secours, le torpillage provoque la mort de 207 passagers dont 198 tirailleurs. Ce nouveau naufrage bouleverse les Islais.